Né poète… destiné à être un héros.

Javier Sicilia

Javier Sicilia

Javier Sicilia pourrait être juste un de nombreux poètes de talent au Mexique, il pourrait être seulement un professeur de littérature et de l’écriture créative à l’Université de la région où il habite, il pourrait être juste un père et un mari amant, un bon ami. Il mènerait une vie normale, une conversation dans un café avec des amis, reception des prix de littérature par son talent.

Mais être un poète « normal » n’était pas son destin.

Le 28 Mars 2011 son fils, Juan Francisco, est trouvé assassiné avec six autres personnes dans la ville de Temixco, centre du Mexique pour une décantation de comptes entre cartels de la drogue. Sicilia appelle ça « des dommages collatéraux », en faisant référence à la guerre que l’ex président Felipe Calderon avait engagée contre les cartels de la drogue et de la vague de violence déchaînée dans le pays traînant des milliers de victimes innocentes qui sont morts dans des tirs croisés entre l’armée et les cartels.

La nouvelle obtient une notoriété lorsqu’il s’agit précisément de fils de quelqu’un qui était déjà reconnu comme un poète et activiste social. Il avait toujours soutenu la lutte de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Dans sa ville, il avait été actif dans la défense de la place « Casino de la selva » endroit que le peuple mexicain considérait comme un des trésors nationaux et avait été vendu pour trois fois rien à une chaîne de supermarchés.
Il fait appel à des amis et des familles des victimes de « dommages collatéraux » et organise une manifestation dans sa ville Cuernavaca pour demander au président Felipe Calderon mettre fin à l’agression de l’armée et la fin de la violence.

L’enfant Sicilia avait grandi en écoutant son père réciter des poèmes des poètes consacrés comme Miguel Hernandez, Federico García Lorca. Au lycée, il avait découvert des poètes comme Jean de la Croix et Jorge Cuesta, là il a osé penser à une petite chance de pouvoir utiliser la langue comme eux.
Cet enfant dont l’univers était les mots embellis d’un poète, devait maintenant faire face au pire cauchemar d’un parent: une quête de justice pour l’assassinat de son fils. Ceux qui le connaissent bien disent qu’il avait été toujours une personne avec un don diplomatique, un grand communicateur, il n’a pas été le résultat d’une seule journée, ce héros que le Mexique avait besoin couvait depuis ces premières lectures où il cherchait trois mots transcendantales: la beauté, la bonté et la vérité.

La poésie est mystérieuse: on travaille dans les caves de l’âme. Elle émerge comme un mystère. Javier Sicilia

Le 6 avril 2011 il organise une marche de la paix et la justice, de la Colombe de la Paix –l’accès principal à Cuernavaca (60 km de la capitale) pour le Zocalo de la ville de Mexico, la demande intérieure, « Plus un jeune, ou un enfant tué dans cette bataille menée par le gouvernement contre le crime organisé « Plus de 20 mille citoyens de toutes les classes sociales ont participé.

Les répliques dans le monde
Le 6 avril 2011 150 Mexicains se sont rassemblés à l’ambassade du Mexique à Barcelone, pour rejoindre les voix appelant à la cessation de la violence. La concentration a lieu dans la Plaza Sant Jaume. Pendant ce temps, à New York, une douzaine de personnes ont manifesté devant le Consulat général du Mexique pour exiger la fin de la criminalité et de la violence causée par les cartels de la drogue au Mexique. La même chose est arrivée en Argentine, en France et ailleurs, pour montrer l’indignation à l’assassinat de Juan Francisco Sicilia.

Je n’avais jamais pensé à lancer un mouvement ou d’être le porte-parole de rien. Je suis un poète et les poètes sont connus pour fonctionner avec les intuitions les plus sombres. Mais à ce moment-là (après la mort de son fils, lorsque les médias ont commencé à chercher) je me suis rappelé que la vie de l’âme peut aussi être puissant. Mon principal était alors l’intuition que nous devions donner un nom et former à cette tragédie et de mettre en quelque sorte que dans l’action avec de vrais citoyens, comme une façon de dire au gouvernement: «Nous avons besoin de quelque chose de nouveau, en particulier de nouvelles institutions pour combattre la pêche illégale, la corruption et l’impunité, non seulement celle des cartels de la drogue, mais l’État » Sicilia affirma au journaliste Padgett

Sicilia et son «armée» viennent à la Maison Blanche

Le 10 Septembre 2011 devant la Maison Blanche, le poète mexicain tient son discours avec ses partisans et les journalistes dans laquelle il demande l’arrêt de vente des armes de destruction massive .

Cette année là, le magazine Time n’a pas choisi une personne de l’année mais beaucoup: il a choisi « Les manifestants », à savoir ceux qui ont protesté dans différentes parties du monde, comme au Caire, Athènes, Plaza del Sol ou mur Street.
Au Mexique, le magazine a proclamé Javier Sicilia comme la figure centrale du Mouvement pour la Paix avec Justice et Dignité.

La personne de l'année

La personne de l’année

Sicilia poursuit sa lutte contre la mauvaise gouvernance, la violence. Dans sa dernière déclaration a réitéré que le PRI (parti au pouvoir au Mexique) « c’est pas un parti politique, est une culture criminelle, qui a frappé le pilier politique du pays, politique et bien moral de la nation et de toute la classe politique, donc je parle de boycotter les élections, donc je parle de refonder la nation; pas la capacité de réformer ce qui est pourri et qui est le fils d’une culture de criminels, appelé le PRI, qui a imprégné tout; Les autres partis, le PRD (parti d’opposition) nous doivent 43 garçons, 6 tués, ils sont les mêmes, il s’agit de la même ordure(les partis politiques).

Dans la Grèce antique, le poète était un artiste qui recevait l’inspiration des Muses et chantait les exploits des dieux ou héros accompagné d’une lyre. Il se distinguait des autres par le don qui lui avait été accordé. Au cours du Romantisme et symbolisme Victor Hugo et Baudelaire proclament la communion avec les autres et le partage des souffrances, de problèmes. Ils confient au poète la mission d’orienter l’histoire, de guider vers la lumière, le progrès.
Lorsque Javier Sicilia continue une lutte qui commence à peine nous demandons moins de politiques et plus de poètes dans ce monde.

Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
Il est l’homme des utopies ;
Les pieds ici, les yeux ailleurs.
C’est lui qui sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil aux prophètes,
Dans sa main, où tout peut tenir,
Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,
Comme une torche qu’il secoue,
Faire flamboyer l’avenir !
Victor Hugo

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